La réponse d’Eva Joly

Après Nicolas Dupont-Aignan et François Bayrou, la candidate d’Europe Écologie – Les Verts, Eva Joly nous a adressé sa réponse au questionnaire « Pour des commerces et des services de l’automobile durables »
« L’automobile constitue, à n’en pas douter, le mode de déplacement privilégié de la plupart de nos concitoyens. Pour autant, différentes enquêtes, études et comptages montrent bien que ceci résulte souvent d’un choix que d’une contrainte pour un certain nombre de déplacements de courte, moyenne ou longue distance, récurrents ou plus occasionnels. A la souplesse indéniable que constitue souvent l’utilisation de la voiture en solo, il convient de confronter ses impacts sur le budget des ménages, sur l’occupation de l’espace public, sur les encombrements, les pollutions diverses, la santé, les émissions de gaz à effet de serre (principal émetteur) et la raréfaction progressive des énergies fossiles.

La place de l’automobile dans l’économie des pays industrialisés, de la France en particulier, mérite également une attention toute particulière, tout autant que la reconversion d’une partie de l’industrie automobile vers les emplois, plus nombreux, générés par les modes de déplacements alternatifs à celle-ci.

La politique que je propose de mettre en œuvre répond ainsi tant aux impératifs environnementaux (cf. contentieux européen sur les émissions d’oxydes d’azote et de particules fines) que sociaux et économiques : accès à l’emploi, maintien de filières industrielles…

Il s’agit pour moi de réorienter progressivement une bonne part des déplacements individuels motorisés vers des modes moins consommateurs d’énergie, accessibles à tous, plus sécuritaires et respectueux de l‘environnement, aux premiers rangs desquels :
- la marche à pied, notamment par la réappropriation de l’espace public ;
– le vélo (la moitié des déplacements, tous modes confondus, fait moins de 3 km) ;
– les transports collectifs, urbains et interurbains ;
– le mode ferroviaire, tant pour les voyageurs que pour les marchandises ;
– le mode fluvial.

Ainsi les positions que je compte défendre sur les sujets sur lesquels vous m’interpelez sont les suivantes.

Les primes à la casse et autres aides à l’acquisition de véhicules, très variables, ont surtout modifié la répartition dans le temps, de l’achat des voitures particulières par les particuliers (soit 50 % des voitures achetées), avec des effets néfastes sur le marché de l’occasion qui concerne la grande majorité des citoyens. Le renouvellement du parc, autant favorable aux constructeurs étrangers qu’aux fabricants nationaux, a eu certains effets positifs sur la consommation de carburant et les émissions de polluants, mais aussi, à l’échelle globale, sur les ressources consommées pour fabriquer et remplacer des véhicules parfois non obsolètes.

Comme vous le suggérez, il convient de favoriser préférentiellement les services de déplacement, dont ceux s’appuyant sur la voiture individuelle : covoiturage, autopartage, flottes d’entreprises mutualisées, garages solidaires, déconstruction automobile…

A l’expérience, ces services trouvent rapidement leur équilibre économique, et génèrent davantage d’emplois non-délocalisables que la construction automobile elle-même.

Les différents dispositifs de soutien financier méritent d’être remis à plat, afin que soient privilégiés, le cas échéant, les emplois non-délocalisables, donc orientés services.

Dans le domaine automobile comme dans les autres branches et filières, je partage avec vous la nécessité d’une formation initiale et continue, ainsi qu’en alternance.

La recherche, de même, doit être poursuivie, autant pour mettre au point des véhicules à faible consommation (3 litres aux 100 km, voire 2 litres), que, plus raisonnablement qu’actuellement, en faveur des carburants alternatifs :
- il ne saurait être question de pérenniser des aides aux agrocarburants tant que ceux-ci sont issus de la partie alimentaire des végétaux ;
– les véhicules au GNV, et mieux encore au biogaz issu de la méthanisation des déchets fermentescibles, sont adaptés à des flottes spécifiques (bus urbains …) ;
– les véhicules 100 % électriques, outre leur autonomie qui restera limitée, ne présentent un bilan écologique et économique acceptable que dans la seule mesure où leur recharge s’opère à partir de sources d’énergies renouvelables.

Comme je l’ai indiqué plus haut, la « mobilité durable » s’entend pour moi par un recours à toute la palette des modes de déplacements, et des « agences de mobilité » largement déployées en milieu rural et en milieu urbain, offrant toute l’information possible aux citoyens afin qu’ils se tournent vers le mode le plus adapté à chacun de leurs déplacements : vélo, covoiturage, autopartage, transports publics (dont à la demande)… Le développement de ces agences, comme le développement des plans de déplacements d’entreprises (PDE) ou d’administration (PDA) ou d’établissement scolaire fait partie intégrante des plans de déplacements urbains (PDU) et autres schémas de transport (régionaux, de pays …) concertés entre collectivités, personnes publiques associées et citoyens.

Enfin, la sécurité routière constitue pour moi un pan essentiel de toute politique publique, dans ses trois volets principaux :
- agir sur le comportement des usagers, et particulièrement sur l’alcool (et autres drogues ou médicaments) au volant, la vitesse et la somnolence
– agir sur les infrastructures, de manière plus raisonnée que dans le passé, notamment pour ne pas générer des augmentations de vitesse
– agir sur les véhicules, et tout particulièrement sur leur entretien, leur contrôle…

De nombreuses actions ont déjà été entreprises dans ces domaines, parfois de façon inégale et se traduisant par des messages contradictoires générateurs de comportements déviants. Une meilleure coordination entre services et ministères est nécessaire. »

Lire le courrier de réponse d’Eva Joly

 

A noter que, dans le cadre des débats nationaux organisés par la CGPME, Eva Joly, candidate d’Europe Ecologie – Les Verts, est invitée le 30 mars prochain à 10h30. Cliquez ICI pour vous inscrire

3 réponses à La réponse d’Eva Joly

  1. Michael Deucame Bourre dit :

    Si l’on suit Madame Joly, il faut que les futurs véhicules électriques soient rechargés à base d’énergie solaire ou éolienne. Campagne politique ou concours d’utopie ? Il n’est pas impossible de rêver lorsque l’on fait de la politique, mais il est également bon de conserver un minimum le sens des réalités!

  2. T Degos dit :

    Enfin un politique qui annonce clairement la couleur ! … Oui E Joly est favorable à la reconversion de l’industrie automobile française, Oui elle est favorable à des mesures de soutien pour nos emplois non-délocalisables, Oui elle veut promouvoir la marche à pied et le vélo… Parfois on croit rêver, mais au moins, c’est assez cohérent!!

  3. Olivier Deulettre dit :

    Eva Joly veut développer les « garages solidaires » (pour rappel, le garage « solidaire » est un garage associatif, appelé aussi garage participatif, qui permet de réparer soi-même, ou de faire réparer son véhicule à moindre coût…). C’est bien sympathique mais cela est complètement contradictoire avec les objectifs de sécurité routière de la candidate verte puisque le fossé est énorme entre des réparations « faites maison » par les copains et un entretien sûr, régulier et agréé par un garagiste formé et dont c’est le métier!!! Il est également paradoxal de vouloir développer des structures associatives parallèles lorsque l’on veut, comme c’est son cas, développer le commerce et les services de l’automobile!

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