François Bayrou répond au CNPA

Après Nicolas Dupont-Aignan, François Bayrou, candidat du MoDem, nous a transmis ses réponses au questionnaire « Pour des commerces et des services de l’automobile durables ».

 

 

 

FILIÈRE AUTOMOBILE

CNPA : Quel bilan tirez-vous des très nombreux dispositifs mis en place depuis 2008 pour soutenir la « filière » automobile dans un contexte sans précédent de crise économique et de transition structurelle, et quels sont ceux – existants ou nouveaux – dont vous estimerez nécessaire d’étendre le bénéfice aux entreprises de la distribution et des services de l’automobile ?

François Bayrou : Le secteur automobile en France emploie plus d’un million de personnes et correspond à au moins 1% du PIB et 15% de la R&D. C’est dire son importance stratégique pour toute notre économie. Les pouvoirs publics ne peuvent se désintéresser de son avenir et plus encore dans la période de crise économique que nous traversons. Il est donc nécessaire de soutenir la filière automobile non pas par des mesures à court terme mais par une politique de vision favorisant la recherche et l’innovation. Nous devons nous engager dans une politique de réarmement de la production française.

Quelle est la vision stratégique de l’automobile dans l’économie et la société française que vous souhaiterez privilégier au cours du prochain quinquennat?
L’automobile reste un moyen de liberté et d’autonomie, un outil de travail et, pour beaucoup, le seul moyen de transport disponible. Cette vocation rappelle que le secteur automobile est d’une importance stratégique et que sa place dans notre économie doit être l’objet de toutes les attentions. Il s’agit du « produire en France », de la force de notre pays en termes d’innovation et d’avancée technologique. Je propose un label « fabriqué en France » qui indiquera la part du produit provenant de notre sol afin de restaurer l’image de marque de notre pays à l’étranger. Il faut également une loi d’orientation pour la recherche dont une des priorités sera la voiture propre. Normes, garanties, haut de gamme, voilà les sujets qui doivent rassembler les producteurs français dans une démarche collective soutenue par les pouvoirs publics.

Quels moyens mobiliserez-vous pour développer une filière automobile durablement performante dans sa composante « distribution et services » qui garantit, à elle seule, la présence de 100 000 entreprises et 420 000 emplois non délocalisables ?
Comme vous le savez, je considère le « Produire en France » comme la clé de la reconquête économique de notre pays. La filière automobile et notamment la branche « distribution et services » doit se doter d’une forte compétitivité hors prix. Nous devons pour cela encourager l’innovation et la recherche mais aussi améliorer la formation à ces métiers qui assurent la présence de la filière automobile et des circuits de distribution sur l’ensemble du territoire.


LISIBILITÉ

La fiscalité locale s’est considérablement alourdie (CET + 30%) de même que les taxations particulièrement pénalisantes pour les entreprises du commerce et des services de l’automobile (TASCOM et TLPE) : comment comptez-vous alléger les charges des entreprises?
Vous posez là des questions importantes, notamment la question de la convergence fiscale entre l’Allemagne et la France. Mais le plus urgent, c’est de parer au risque mortel pour notre pays, que sont la dette et les déficits. Les charges sociales ne doivent pas décourager les entreprises d’embaucher. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé la mesure d’un emploi sans charges, pendant deux ans, pour les entreprises de moins de 50 salariés, si elles recrutent un jeune en premier emploi ou un chômeur sous la forme d’une CDI. Quant aux règles fiscales sur les véhicules de société, elles doivent évidemment ne pas avoir pour effet de freiner artificiellement le renouvellement des flottes des TPE et PME. Le renouvellement régulier du parc automobile améliore le taux de présence des voitures non polluantes.

En termes de stabilité et de lisibilité de la réglementation, comment comptez-vous répondre aux attentes du commerce et de l’artisanat automobiles, dont la priorité est de développer leurs relations commerciales avec leurs clients ?
Dans ce domaine comme dans d’autres, il faut que les cadres juridiques soient assortis d’une réelle stabilité. Il ne faut pas oublier que l’instabilité juridique a un coût.

Seriez-vous prêt à ouvrir avec le CNPA une concertation approfondie et continue, animée dans une logique interministérielle, visant à simplifier l’environnement des services de l’automobile ?
Je suis favorable à l’ouverture de ce dialogue entre les ministres concernés, le CNPA et les différents acteurs du secteur. Nous devons en effet réfléchir ensemble à l’avenir à long terme du secteur de l’automobile et nous interroger sur les transformations nécessaires pour la filière.


EMPLOIS

La problématique liée à l’image de l’automobile, en tant que produit et activité économique suppose un réel effort d’attractivité que la filière ne pourra réaliser seule. Serez-vous prêt à associer l’Etat, les conseils régionaux et les Branches concernées dans une vigoureuse campagne de valorisation des métiers de l’automobile ?
La filière de l’automobile est un vivier d’emplois considérable. Nous devons davantage valoriser les métiers de l’automobile dans leur diversité et leur potentiel. Il faut pour cela développer des campagnes à l’école et au cours de l’enseignement secondaire en associant bien sûr, à la fois l’Etat, les collectivités territoriales et les acteurs concernés.

Le dispositif « Compétences-Emplois » mis en place à l’initiative du CNPA dans le cadre de la Charte automobile, qui a permis de préserver près de 10 000 postes, venant à échéance en 2012, prenez vous l’engagement de faire reconduire le soutien de l’Etat ?
Il est indispensable de veiller à la préservation des postes dans le secteur de l’automobile. Si la crise perdure en fin d’année, ce plan mérite d’être reconduit.

La qualité de la formation initiale et continue dépendant de son adéquation aux besoins actuels et futurs des entreprises comme c’est le cas pour les services de l’automobile, quelle politique entendez-vous promouvoir au niveau de la formation professionnelle et comment envisagez-vous de renforcer le rôle des Branches dans ce domaine essentiel ?
Nous devons créer un droit effectif à la formation tout au long de la vie, qui pourrait être matérialisé par l’ouverture d’un compte de formation continue, activé par le salarié lorsqu’il rencontre des périodes de chômage partiel ou continu avec perte de salaire limitée. Une agence nationale sera créée dont la mission sera de mettre en ordre le secteur de la formation professionnelle, en y mettant de la transparence et en y introduisant de la stratégie : il s’agit de réfléchir à l’adéquation aux besoins des entreprises pour l’ensemble des métiers de la filière industrielle.

Quelle place accordez-vous à l’alternance et quels seront vos engagements pour renforcer ce choix de manière positive, au niveau des jeunes comme des entreprises ?
Le retard français en matière d’alternance est préoccupant. Nous devons étendre l’alternance à l’ensemble du cursus, de l’enseignement court jusqu’au diplôme d’ingénieur et au master. Il serait utile de définir une proportion obligatoire d’étudiants en alternance dans les filières, et pourquoi pas dans les entreprises et les administrations.


MOBILITÉ

Le Plan « Véhicules décarbonés » engagé en octobre 2008 fera-t-il l’objet d’un accompagnement spécifique, notamment au niveau des infrastructures nécessaires au développement de ces véhicules ?
Il y a une réflexion à conduire pour faire évoluer le parc automobile français et contribuer ainsi à conforter « le produire en France ». Cette évolution doit se faire en faveur des « véhicules décarbonés ». Nous devons encourager le développement des voitures non polluantes. La fiscalité doit avoir, dans ce sens, un objectif correctif et incitatif. Nous devons progressivement faire évoluer le parc et cela passe, bien sûr, par une adaptation des infrastructures nécessaires.

De manière plus générale, selon le bilan que vous tirez du « Grenelle de l’Environnement » appliqué au niveau de l’automobile et du véhicule industriel, quelles perspectives envisagez-vous ?
Nous devons nous engager à réaliser les objectifs du Grenelle. Lorsque je dis « nous » je parle de l’Etat et des collectivités territoriales, mais aussi des efforts de chacun et notamment des entreprises. Cela passe par exemple par le développement de l’utilisation de la téléconférence et du télétraitement. Le plan vélo, les offres d’auto partage doivent être renforcés et encouragés. Il est impensable de développer des politiques de transport qui ne prennent pas en compte l’urgence environnementale.

Quelle est votre conception d’une « mobilité durable » ? Comment comptez-vous organiser et développer la complémentarité entre les différents modes de transports et faciliter en amont les concertations indispensables aux plans de déplacement urbains et ruraux comme à un aménagement équilibré du territoire ?
La politique des transports doit être repensée afin d’accompagner notre transition vers des modes de vie respectueux de l’environnement. Nous devons faire de l’économie française une économie compétitive mais aussi durable. Il s’agit là de deux qualités interdépendantes. Il faut pour cela rationaliser l’usage des infrastructures routières existantes tout en confortant un maillage diversifié de nos territoires. Nous devons comprendre la complémentarité des différents types de transport et la faire exister en intégrant le coût, l’efficacité et le respect de l’environnement. Il est absolument essentiel d’adapter les modes de transport aux besoins des territoires. Cela nécessite une réflexion approfondie avec les collectivités territoriales sur l’aménagement du territoire.


SÉCURITÉ ROUTIÈRE

Êtes-vous prêt à faire étudier une campagne de communication avec le CNPA pour valoriser le rôle essentiel de tous les services de l’automobile, des deux roues et des véhicules industriels dans la sécurisation du parc ?
La sécurité est en effet la priorité en matière de transport. Une campagne de communication avec le CNPA peut être un moyen efficace de sensibiliser un public large de conducteurs de deux roues et de véhicules industriels.

De façon corollaire, serez-vous prêt à rationaliser l’intervention des services de l’Etat dans ce domaine, souvent trop dispersés entre plusieurs ministères, et à systématiser la concertation préalable avec les organisations réellement représentatives ?
Je suis en faveur d’un gouvernement resserré, donc de la concentration des compétences. Bien sûr, il est essentiel d’associer les organisations représentatives dans la prise de décision. Nous devons systématiser la pratique du dialogue ouvert.

Quelle politique de sécurité routière allez-vous mener en matière de prévention et plus particulièrement en ce qui concerne les activités de maintenance du parc mais aussi du contrôle technique et de la formation à la conduite ?
Nous devons poursuivre dans la même voie, car la politique de sécurité routière a produit de très bons résultats. Il ne faut pas baisser la garde notamment en matière d’abus d’alcool et de stupéfiants, d’excès de vitesse et d’utilisation du téléphone au volant.

Les radars fixes ont permis de baisser le nombre très significatif des excès de vitesse, à l’origine d’un très grand nombre d’accidents. Mais je suis aussi très favorable aux radars pédagogiques. Un apport significatif viendra surtout des progrès de la technologie, qui incluent une généralisation des systèmes anti démarrage en cas d’alcoolémie excessive, mais aussi des systèmes d’aide à la conduite et au respect de la réglementation.

La prévention va évidemment de pair avec l’éducation. Il faut la renforcer dans le cadre scolaire. Ce travail doit se faire en coopération avec les associations de prévention routière, auxquelles l’école doit davantage s’ouvrir. Et dans cette politique de prévention, la mission des autoécoles est déterminante.

2 réponses à François Bayrou répond au CNPA

  1. Olivier Deulettre dit :

    Et puis attention à l’habitude française de vouloir laver plus blanc que blanc. En matière d’écologie et de sécurité, des normes drastiques existent… au niveau européen! Vouloir faire plus, c’est pénaliser l’industrie nationale. Il est curieux qu’un européen comme lui devienne aussi « nationaliste », (un brin électoraliste?)

  2. Olivier Deulettre dit :

    OK avec François Bayrou, mais on s’oriente vers une usine à gaz pour déterminer sur chaque véhicule ce qui est français de ce qui ne l’est pas. Aucune voiture n’est purement française! 75% des équipements automobiles viennent de l’étranger… Parle-t-on de la fabrication ou de l’assemblage? Doit-on préférer une marque française produite à l’étranger ou une marque étrangère produite en France? y a-t-il des seuils pour le « plus ou moins » produit en France. Comme souvent, bonne idée mais difficile à réaliser!

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